Publié le 25 mai 2008
par Danielle Bleitrach sur son site et celui de Communistes de France
Il ne faut pas accorder d’importance aux convictions réelles des uns et des autres pour comprendre les manœuvres des nains qui nous gouvernent ou aspirent à nous gouverner. Tandis que, un an après l’élection de Sarkozy, la France crie son mécontentement et son refus des « réformes » libérales, tandis qu’elle proteste contre la vie chère provoquée par les spéculateurs financiers et aggravées à chaque niveau de distribution, le marigot politicien en reste à ses fondamentaux.
Pour être une “expert” politique, il suffit de savoir que les pièces bougent les unes par rapport aux autres dans un cadre étroitement délimité, celui de la non remise en cause du système capitaliste.
Avec un tel mode d’emploi, comme un quelconque journaliste de la presse française, nous pouvons aller de non événement en non événement et de coup politicien en coup politicien. Au titre du non événement du jour : la sortie du livre de Bertrand Delanoe et son annonce d’offre faite au PS de sa charismatique personne.
I. Le PS fait sa révolution « libérale »
Donc Bertrand Delanoe sort un livre intitulé “de l’audace” , Ségolène Royal aussitôt proclame solennellement qu’elle est candidate au poste de premier secrétaire. Les mauvaises langues noteront que ce n’est pas une véritable surprise puisque déjà par deux fois (lors de la campagne des présidentielle et en janvier 2008), la présidente du Conseil Régional du Poitou Charente nous avait prévenu de son intention de diriger le PS. Mais l’important était de tenter de voler la vedette à son petit copain.
Pendant ce temps là dans l’indifférence générale des centaines de milliers de Français défilent. Les magazines comme le Nouvel Observateur consacrent leur une et de nombreux feuillets à Bertrand Delanoe, et à son livre au titre emprunté à Danton (de l’audace). Je ne l’ai pas lu mais j’ai lu le gros interview du même auteur paru dans le Nouvel observateur.
Édifiant !
Avant d’aborder le « fond » si un tel mot peut caractériser la chose, notons que la montée au créneau du maire bobo de Paris et de la blanche-neige du Poitou Charente et l’écho aussitôt donnée par la presse à leurs faits et geste, laissent penser que désormais les puissants, ceux qui détiennent les moyens financiers, en sont ici comme aux Etats-Unis à fabriquer le futur président et ses adversaires les moins susceptibles de gagner. Paris n’est pas la France, depuis quelques temps cette dernière vote même a contrario de la première et je ne suis pas sûre que le candidat des bobos agitant l’étendard du libéralisme dans des temps de mécontentement populaire soit plus en phase que le fut Ségolène battant la crème de la démocratie participative.
Mais ne cherchons pas la politique là où elle ne se trouve pas, l’intervention de Bertrand Delanoe n’a pas l’ambition de répondre aux protestations des manifestations et des grévistes, mais bien de se positionner dans les jeux internes du PS. En effet le PS semble divisé entre autant de candidats au poste de secrétaire puis de candidat à la candidature suprême qu’il y a de membres du bureau national. Chacun roulant pour soi, tous n’avaient qu’un point de ralliement, le refus de Ségolène Royal. Bertrand Delanoe opère alors une double manœuvre, il tente de donner un contenu au rassemblement anti-ségolène et pour ce faire il la dépasse sur sa droite. Il ne lui laissera pas la prétention à la « modernisation ». Le parallélisme des programmes, qu’il s’agisse du soutien à l’entreprise privée ou du vote OUi au minitraité européen en violation du vote des Français, ne laisse pas apparaître de différence de fond entre les deux challengers. Donc il faut trouver la formule qui frappe les esprits, un os pour le journaliste. Et c’est comme cela que Bertrand Delanoe a décidé d’être “libéral”, de ravir ce drapeau à la droite, c’était effectivement urgent.
L’opération a déjà été tentée en Italie, elle a permis l’élection de Berlusconi et même l’éviction du maire de Rome au profit d’un néo-fasciste. Quant au blairisme il vient de subir la raclée que l’on sait aux élections municipales en Grande Bretagne, Rome perdue, Londres à son tour part dans l’escarcelle d’un histrion, et ce dimanche est tombé à des législatives partielles un fief historique du Labour. Qu’importe, Delanoe, le « stratège » du PS poursuit son objectif : : comment en finir avec Ségolène en lui prenant son positionnement le plus à droite possible ?
Pour en arriver à une telle conception de la « modernité » en politique, il faut effectivement avoir profondément intériorisé le fait que la « réforme » ne peut aller que dans le sens voulu par le capital, celui d’une pression de plus en plus forte sur le travail, une restriction grandissante des protections sociales, les interventions de l’Etat réservées au gonflement des profits . C’est le produit d’une longue évolution…
II- LE PS, cul par terre…
Cette manœuvre de Delanoe visant sa rivale Ségolène laisse cul par terre le PS et sa ligne idéologique plus ou moins officielle. Le PS avait fait de l’anti-libéralisme son étendard, ce qui lui évitait de poser d’autres questions fâcheuses. C’est en 1991, que les socialistes avaient pour la première fois abandonné la référence au capitalisme. ce qui a posé un problème essentiel pour un parti politique : ils n’avaient plus d’adversaire pour faire la différence doctrinale avec la droite. Comme au même moment le capitalisme était avec Reagan et Thatcher dans sa phase conquérante néo-libérale, ils en ont profité pour remplacer le capitalisme par l’anti-libéralisme.
Mais revenons au “tournant” opéré par Delanoe. Certes Jospin avait lancé le bouchon en expliquant, alors qu’il avait réussi à atteler les communistes à son char, que l’Etat ne pouvait pas tout. Ce à quoi les Français lui ont répondu en le battant dès le premier tour en 2002, entre temps le PCF avait perdu 35 villes aux municipales (Gayssot en avait perdu deux Béziers et Drancy, ce qui devient de la négligence).
Car les dirigeants communistes de toute obédience complètement déboussolés par la chute de l’URSS ont suivi. On n’était plus contre le capitalisme et encore moins l’impérialisme, ôtez moi ces vilains mots, on était contre le neo-libéralisme qui attaquait le service public, pas contre les privatisations, pas pour les nationalisations, non contre le néo-libéralisme et ses “excès”. L’Union Européenne était trop néo-libérale, elle pourrait être améliorée en restant capitaliste et atlantiste mais en étant moins néo-libérale … le vague du propos ayant une coloration plus ou moins sociale…
A partir du moment où les socialistes étaient dans l’opposition, ils ont repris l’étendard de l’anti-libéralisme pour récupérer les mécontents en évitant bien sûr de les regrouper par exemple sur un refus réel des privatisations. Il faut reconsidérer toute la campagne de 2007 en tenant compte de ce fait et de celui non prévu de la victoire du NON au référendum sur l’Europe, suivie de mouvements comme le CPE. Comment utiliser le mécontentement sans pour autant être encombrés par un véritable programme de transformation sociale vers le socialisme et la souveraineté nationale ? Et le PS a aussitôt partagé avec la droite un objectif essentiel : comment diviser, affaiblir cette expression qui menaçait leur pouvoir autant que celui du capital ?
Les collectifs anti-libéraux suivirent en plus pugnaces cette logique : tant qu’elle serait trop néo-libérales il fallait dire NON à l’Europe… Mais il ne s’agissait pour beaucoup que du prolongement de cette social-démocratisation et pouvait s’y rallier des gens comme José Bové dont personne ne savait exactement où il en était. Quand le peuple a dit NON sur des bases de classe et de souveraineté nationale la grenouille des collectifs en a enflé jusqu’à éclater…
III- Limiter la dangerosité de la véritable démocratie
En effet toutes ces manœuvres politiciennes ne peuvent être comprises si on les isole de ce qui est toujours désormais occulté, à savoir le développement de la crise du capitalisme et de l’impérialisme.
Crise d’un système financier qui fait eau de toute part, montée des luttes au plan international, exigence d’un nouvel ordre international, endiguement de la puissance étasunienne, la phase néo-libérale du démantèlement des États se poursuit dans le domaine des protections sociales, mais la ré-appropriation des ressources par les pays apparaît comme la garantie de l’indépendance et de la souveraineté.
Face à la crise financière, le neo-libéralisme est en train d’évoluer en son contraire et exige à son tour le soutien de l’État mais l’enjeu est désormais dans la socialisation des pertes et la privatisation des profits.
La pression se durcit sur les pays du tiers-monde, comme sur le monde du travail, mais le mécontentement est de plus en plus difficile à contenir. C’est pourquoi il faut que les institutions dites démocratiques n’offrent aucune perspective de transformation véritable.
Elles doivent être verrouillées par le politicien. A l’inverse de ce qui se passe dans certains pays d’Amérique latine, dans les pays occidentaux, aux États-Unis comme en Europe il s’agit d’aboutir à une alternance sans alternative dans laquelle les jeux politiciens, les luttes entre personnes sont d’autant plus violentes que les enjeux politiques réels ont disparu.
Ségolène a fait très fort dans ce domaine, en menant une campagne entière sur la démocratie participative et aussitôt après l’élection de son rival se ralliant au vote pour le traité européen repoussé par les Français. Bertrand Delanoe poursuit dans le même style en faisant citoyen d’honneur de la ville de Paris un vieux féodal théocrate, une sainteté grassement financée par la CIA.
La logique du système est d’ignorer le mécontentement des Français et de prôner des droits de l’homme qui donnent la parole aux lamas tibétains et à Robert Ménard et la refusent au chômeur, au salarié, au retraité, au jeune qui n’en peut plus du système. La politique n’a pas pour but de résoudre les problèmes des Français mais d’assurer la promotion des “stars” d’un jour, plus on en fait dans l’inutile mieux ça vaut.
Les élections de 2007 ont illustré ce barnum. Le politico-médiatique a lancé non seulement Sarkozy mais son adversaire Ségolène. L’opération promotion a besoin du décervelage des militants, des groupies que l’argument de la popularité des candidats remplit d’aise, une popularité entièrement fabriquée médiatiquement. C’est vrai pour le PS, ça l’est tout autant pour les collectifs anti-libéraux où l’on se disputait sur le minois de Clémentine Autain et la pipolisation de José Bové. Il ne faut plus de partis organisés, mais des look d’enfer…
Il n’empêche celui qui a gagné l’élection a été Sarkozy. Celui prévu de longue date par ses amis patrons de presse, marchand d’armes, annonceurs, mais aussi celui qui aura rangé derrière lui un vrai parti en ordre de bataille mais aussi en fait le candidat qui aura fait le plus de politique en expliquant qu’avec lui l’État interviendra sur le pouvoir d’achat et l’emploi,
IV. Il n’est de liberté que de l’individu et du marché…
Mais revenons-en à la manœuvre de Delanoe. Il veut absolument marquer les esprits et prendre Ségolène sur le terrain déjà esquissé par Jospin, l’État ne peut pas tout. Comme cela s’est passé en Italie il y a peu, il ne s’agit pas seulement de renoncer à la lutte anti-capitaliste mais au nom de la « liberté » de revendiquer « le libéralisme ». le socialisme historique a totalement disparu.
Le socialisme historique s’est toujours affirmé collectiviste, l’antisoviétisme militant de la SFIO a favorisé l’abandon du mot. En France, il n’y avait même pas la tradition social-démocrate du nord, que revitalise par exemple un Oskar Lafontaine, un lien privilégié avec les syndicats, la classe ouvrière.
Il y a eu un remplacement accéléré des cadres du PS, par des bourgeois sortant de l’ENA sur le modèle de Ségolène Royal et tant d’autres. Et avec eux la politique devenue “technique”, technocratie. Dans un tel contexte l’anti-libéralisme était le dernier cache sexe de l’abandon total du socialisme et même de la gauche.
Parce que derrière la plus ou moins grande popularité d’un mot il y des faits. Cette référence “collectiviste” ou “communiste” se nourrissait d’un besoin essentiel des couches populaires, fondatrice de la politique selon Spinoza : le besoin de sécurité. Cette recherche de sécurité est à la base de la cité.
Pour les pauvres, les ouvriers la nécessité est encore plus manifeste , le besoin de se protéger en communauté, de développer les solidarités face à l’exploitation patronale, face aux aléas de la vie, le chômage, la vieillesse, l’enfance, la maladie. Ce sont les pauvres qui ont besoin de liens d’entraide et ce n’est pas un hasard si le mouvement socialiste (celui qui à Tours se divisera en socialistes et communistes) part en 1884 des municipalités qui apportent soutiens aux difficultés quotidiennes et même aux grévistes.
Il faut bien mesurer que la gauche française suit une pente irrésistible, le mépris de ce besoin de communauté, de collectif, de protection. De plus en plus derrière le PS, ses cadres assujettis à l’impôt sur la fortune, cette gauche là limite les droits de l’homme à la seule liberté de l’individu. Elle a renoncé à revendiquer y compris pour l’individu, la liberté des solidarités, des protections.
Elle ne pense même plus par exemple que l’absence de syndicat et de parti est une atteinte aux libertés individuelles, aux droits à la santé, à l’éducation, autant qu’à l’information et à l’action en la faveur des plus pauvres. Le libéralisme, celui que prône Delanoe dans son interview dans le Nouvel observateur privilégie la liberté individuelle, celle des mœurs sur cette défense et protection collective, nous sommes bien dans l’univers des bobos parisiens, ceux qui malgré des revenus plus que confortables assurent au maire de Paris une réélection.
Peut-être faudrait-il réfléchir au fait que si en France la distinction droite-gauche plus que bi-centenaire a un impact indéniable sur la vie politique, d’autres courants ont non moins d’importance. Traditionnellement ce clivage se confondait avec une dimension de classe, la gauche attachée aux protections collectives était plus proche de la classe ouvrière, mais le lien n’allait pas de soi. L’Allemagne à travers la social-démocratie, ses relations étroites avec le syndicalisme intégrait plus la composante ouvrière et parti de gauche. En France, ce lien entre gauche et classe ouvrière s’est opéré par un dépassement du syndicalisme révolutionnaire et son intégration dans le parti communiste. Et c’est là une question qui se pose et se posera au PS comme à toutes les combinaisons qui prétendront se créer à gauche ou à l’extrême gauche. le lien entre gauche et dimension de classe est sans cesse à conquérir.
V. Couvrir le terrain à sa gauche tout en se situant au centre-libéral
La France ressemble plus à l’Italie qu’à l’Allemagne ou au travaillisme anglais. C’est pourquoi avec cette mutation du PS, nous sommes bien dans le cas de figure qui a présidé à la débâcle italienne. Une sorte de déplacement de l’échiquier politique, la droite couvre le terrain de l’extrême droite, la gauche se déplace vers le centre et les résidus de la gauche sont transfigurés en anti-libéralisme, les partis en mouvement épisodique sans pouvoir d’action permanent…
Mais est-on sur que cette débâcle n’apparaît pas aux yeux de ses promoteurs du « centre gauche » comme une relative victoire. Certes Berlusconi est au pouvoir, certes Rome est aux mains de l’extrême droite, certes la violence raciste déferle sur l’Italie, mais le dit centre gauche avec l’aide des anciens de « refondation » s’est débarrassé de l’hypothèque communiste.
L’Italie où existait jadis le principal parti communiste d’Europe de l’ouest n’a plus aucun élu de cette tendance à l’Assemblée nationale, il n’y a même plus de gauche classique. La situation s’est « assainie », et le centre gauche peut espérer qu’après la raclée de 2008 prochainement l’alternance jouera d’autant plus en sa faveur qu’il n’y aura plus de communistes pour porter les exigences populaires, plus de représentation mais même plus de parti digne de ce nom.
Il est clair que ce modèle est celui dont rêve en France aussi bien les dirigeants du PS que ceux de la droite. Encore que ces derniers s’interrogent sur la possibilité de construire à l’extrême gauche l’équivalent du piège que Mitterrand avait construit pour la droite en faisant monter LE PEN.
Le soutien à l’opération Besancenot s’explique à la fois par la volonté d’en finir avec le PCF ce qui est le cas de figure à l’Italienne et dans le même temps voir s’ils ne peuvent pas avoir un gauchiste stérilisant une partie des couches populaires. Il semble néanmoins que cette option offre peu d’avenir, l’opération Besancenot présentant le double inconvénient de ne pas rallier suffisamment les couches populaires et de se situer dans le sillage du PS.
La France n’est ni l’Italie, ni la Grande Bretagne, et le phénomène le plus étonnant est la survie au moins au plan local d’un parti communiste. Après l’opération des collectifs anti-libéraux débouchant sur les résultats des présidentielles, il paraissait acquis la fin du PCF. Les législatives, puis les municipales ont confirmé la résistance.
C’est la quadrature du cercle à laquelle est confronté le PS en pleine mutation “libérale”. Prenons le cas de Delanoe. En poursuivant sa tactique, s’opposer à Ségolène, tout en ne lui laissant pas d’espace à droite, il est confronté au fait que cette dernière veut faire du PS “une force centrale à gauche, capable d’associer différents courants” allant des altermondialistes aux centristes.
Donc Delanoe joue paradoxalement sa différenciation sur le maintien de la notion de gauche : “Je ne crois pas (…) qu’une offre politique puisse se situer à la fois à droite et à gauche, c’est une forme de mensonge”, dit le maire de Paris. Assuré de sa réélection dans la capitale, M. Delanoë - dont certains alliés ont néanmoins conclu des accords avec le MoDem aux municipales - a refusé de faire alliance avec Marielle de Sarnez, numéro deux du parti de François Bayrou, pour bien montrer où se situe ses alliances.
C’est un numéro d’équilibriste digne de feu le PSU. Il y a déjà eu Rocard dans les années 1970, là c’est encore plus clair : il explique que le PS a eu tort de laisser le libéralisme à la droite. Certes il joue sur les aspects philosophiques et remonte aux lumières, mais c’est pour mieux insister sur l’individualisme contre le collectivisme et il dit clairement que dans ce libéralisme là est englobé le libéralisme économique.
C’est un tournant qui a été opéré par beaucoup de sociaux démocrates européens et qui en ce moment même conduit la plupart d’entre eux à des échecs retentissants, c’est un tournant que le pressent d’adopter des jeunes turcs du PS et qui mange l’espace de Ségolène Royal, mais comme nous l’avons vu il s’attaque aux fondamentaux des socialistes français, s’il en reste, s’ils n’ont pas tous été remplacés par les jeunes cadres dynamiques. Outre cette rupture manifeste avec les racines populaires du socialisme français et même toutes les couches moyennes des fonctionnaires, instituteurs, ce positionnement est dangereux sur le plan électoral stricto sensu.
L’histoire du parti socialiste est riche d’enseignement, parce qu’il existe un parti communiste lié avec le monde syndical, la vieille SFIO, le parti socialiste a toujours du gagner ses batailles à gauche.
Les heures les plus glorieuses des socialistes sont celles où l’emporte une ligne de gauche et qui, même si elle ose de moins en moins s’affirmer marxiste et collectiviste, se déporte dans ce sens pour que le leader l’emporte au sein de son parti, puis dans l’élection nationale.
Léon Blum l’emporte sur une ligne très à gauche qui va déboucher sur le front populaire, puis Guy Mollet après la libération l’emporte sur un Blum considéré comme plus à droite. Gaston Deferre même flanqué de Mendes France se fait battre sur une ligne de rupture social démocrate.
Quant à François Mitterrand il prend le parti en s’alliant à la gauche du CERES de Chevènement et en s’alliant aux communistes pour mieux les dévorer.
La situation malgré l’affaiblissement du PCF, malgré des directions si calamiteuses que l’on ne peut éliminer l’hypothèse de leur management direct par le PS, ne peut pas totalement faire l’impasse de la nécessité de couvrir le terrain de ce côté-là. Certes il y a Besancenot qui s’occupe de le dynamiter mais je crois que les dirigeants de la LCR sont assez conscients pour mesurer l’échec de l’opération. La vieille forteresse résiste.
C’est dans ce contexte là que personnellement j’ai tendance à placer l’opération de Gayssot qui n’a rien à refuser à ses amis du PS . Si l’on regarde bien l’opération lancée par Gayssot, il n’y a rien de bien nouveau. Il s’agit visiblement d’un retour en force des collectifs, certains ont déjà fait leur preuve au moment de la présidentielle et dans la chute de certaines municipalités communistes.
L’opération qui intervient au même moment que celle de Delanoe est destinée à rassembler les anti-libéraux et les anti-capitalistes, une sorte de link parti sans hélas, quelqu’un de la taille d’Oskar Lafontaine, sans les liens avec les syndicats.
L’initiative offre un matelas électoral au candidat ou à la candidate désormais résolument « moderne », libérale du PS, en lui apportant la caution des anti-libéraux et de la « gauche ». Ce dernier terme destiné à remplacer toute référence au socialisme et au communisme mérite d’être analysé dans son contenu réel aujourd’hui. J’espère le faire dans un prochain article.
Notons simplement que les dirigeants actuels du PCF ne cessent de proclamer un véritable leitmotiv : « il faut réveiller la gauche ! » sans jamais donner un contenu véritable à cette incantation.
Donc l’opération Gayssot peut avoir une autre « vertu » politicienne. A la veille du congrès du PCF, après la débâcle des présidentielles, avec l’opération « collectifs » managée par l’actuelle direction, après la débâcle italienne, beaucoup de militants voient bien où on veut les mener. L’opération Gayssot permet de rabattre une bonne partie de ceux qui ne veulent pas de ce type d’opération et qui estiment avoir déjà donné avec Marie-George Buffet. Certes son silence, l’énigme de sa position réelle peut laisser penser qu’elle participe de ladite opération mais faute de perspective politique claire, beaucoup de militants attachés à l’existence du PCF peuvent faire ce choix.
Personnellement je crois qu’il s’agirait d’une opération à la Gribouille, se mettre dans le lac pour éviter d’être mouillés. Il faut impérativement dégager une ligne politique, en rupture avec ces manœuvres politiciennes concernant le Parti, sa dimensions populaire, réellement démocratique, puisque favorisant l’intervention des victimes du capital.
Soyons clair, s’il s’agit du terrain des coups politiciens, des rassemblements d’individualités ambitieuses prêtes à se déchirer à chaque moment, le terrain est déjà saturé. Il n’y a que cela. Mais il existe un espace non occupé, fondamental, celui qui redonnerait confiance dans la politique à la majorité du peuple condamnée aujourd’hui au silence. Un espace qui permettrait à cette majorité de prendre la parole à sa manière, à s’organiser dans les cités, dans les entreprises, un espace où seraient discuter les véritables moyens d’une transformation par exemple la nationalisation du crédit, la manière dont EN MEME TEMPS que cette nationalisation pourrait être envisagée l’intervention des usagers, des employés des banques.
La confiance dans la démocratie ne passe pas par des gadgets, des coups politiciens, les pétitions de vieux ambitieux promettant que l’on rasera gratis pour rafler quelques voix, non le projet doit être d’une toute autre ampleur. Le bien le plus précieux, ce qui aujourd’hui fait le plus défaut à toutes les tentatives est cette assise populaire dont la gauche traditionnelle s’est le plus coupée.
Je ne crois pas à une reconstruction ex-nihilo. C’est pourquoi partir du PCF me paraît la solution la moins désespérante, je peux me tromper, mais c’est un débat qui mérite d’être ouvert. En ce moment beaucoup d’entre nous sont à la recherche d’une issue, d’une perspective.
Si je me prononce pour ce combat en vue d’un PCF apte à affronter les défis du moment, c’est parce que toutes les autres solutions me paraissent aller vers l’échec parce que ne produisant pas cette assise populaire capable de donner corps à un projet politique et de l’enrichir par l’action, le rassemblement.
Un projet politique qui se donne les moyens de la transformation, nationalisation et transformation des institutions et une nouvelle conception de la solidarité internationale. Pour le moment je ne vois rien d’autre que le PCF qui conserve cette assise populaire minimale, Il faut changer la politique du PCF et donc changer d’équipe dirigeante. Quelle que soit l’issue de cette bataille pour qu’il existe en France une véritable alternative, un pôle de rassemblement qui ne soit pas dirigé par des supplétifs du Parti socialiste, il faut bien se dire que la situation sera totalement différente au sein du PCF et donc en France s’il y a une opposition à la soumission actuelle aux jeux politiciens du PS qui dépasse les 30% ou si celle-ci est réduite à 15% et divisée en chapelles concurrentes.
Que chacun prenne ses responsabilités. Il ne s’agit pas du PCF et de sa survie mais de la construction d’une alternative qui nous fera échapper à ce vers quoi nous allons par ailleurs : une vie politique comparable à celle des États-Unis.
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